Alors que le vélo à assistance électrique (VAE) s'impose comme un mode de déplacement majeur pour les trajets domicile-travail, la question de sa recharge en entreprise reste dans un flou réglementaire en Wallonie. Entre absence d'obligation légale, risques d'incendie et solutions techniques variées, les employeurs doivent arbitrer seuls. Cet article décrypte le cadre législatif actuel, compare les options d'aménagement possibles et rappelle le faible coût que représente une recharge pour vélo.
L’avènement des VAE ces dernières années a permis de (re)mettre beaucoup de monde en selle. S’il est devenu très populaire pour le cycliste du dimanche, il s’est également imposé dans le cadre des déplacements domicile-travail, le fameux « vélotaf ». Pour faciliter l’usage de ces VAE, les entreprises ont investi dans des infrastructures de stationnement en n'oubliant pas les essentiels d'un bon parking vélo : être équipé de U inversés (ou système similaire), être sécurisé ou encore être proche de l’entrée du bâtiment. Sans ces éléments, les travailleurs n'oseront pas venir à vélo et donc recharger. Consultez notre article sur le sujet pour éviter les écueils.
Mais après avoir installé le parking vélo, la question de la recharge des VAE continue de faire débat. L’entreprise doit-elle prévoir des prises de recharge dans son parking vélo ? Que peut-elle faire ? Y a-t-il un avantage tout nature à payer ? Inclure la question de la recharge électrique dès la conception du parking permettra d'éviter de nombreuses questions a posteriori.
Obligations réglementaires
Depuis 2021, les normes en matière de performance énergétique des bâtiments (PEB) définissent le cadre réglementaire relatif à l’électromobilité. Les dispositions prises dans la directive européenne (UE) 2018/844 de 2018 ont fait évoluer la législation wallonne en matière d’électromobilité, transposées dans le décret PEB du 28/11/2013 (modifié par le décret du 28/03/2024 et entré en vigueur le 16/07/2024).
Ce décret stipule que depuis le 1er janvier 2025, « les bâtiments non résidentiels comprenant plus de vingt emplacements de stationnement, soit dans le bâtiment ou juste à côté, doivent eux aussi disposer d’un point de recharge minimum, et de gaines/chemins de câbles pour 1 place de stationnement sur 5 » (pour plus d'infos sur la recharge électrique des voitures, consultez cet article de notre site Internet). C’est clair, c’est chiffré, ça donne le cap… mais pas pour les vélos.
En effet, les véhicules motorisés concernés par les exigences en matière d’électromobilité ne comprennent pas les véhicules légers tels que les trottinettes, les mobylettes et les vélos. Mais donc qu'en est-il de ces derniers ? Cap cette fois sur une directive européenne de 2018 : « Lorsqu’ils appliquent les exigences en matière d’infrastructures d’électromobilité prévues dans les modifications apportées à la directive 2010/31/UE telles qu’elles sont énoncées dans la présente directive, les États membres devraient examiner la nécessité de mettre en place une planification urbaine globale et cohérente ainsi que de promouvoir des modes de transport de substitution sûrs et durables et leurs infrastructures d’appui, en prévoyant, par exemple, des infrastructures de stationnement spécifiques pour les vélos électriques et pour les véhicules des personnes à mobilité réduite. » (Directive européenne (UE) 2018/844)
Cette directive ne fait que recommander aux Etats-membres de prévoir des infrastructures spécifiques pour les VAE. Cette recommandation n’a pas été suivie par la Wallonie, laissant donc les VAE dans le flou.
Conseils d'installation
En l’absence de réglementation, les entreprises sont donc libres de leurs choix : soit elles interdisent purement et simplement la recharge (pour se protéger au regard du risque d’incendie et des questions d’assurances qui y sont liées), soit elles l’autorisent et mettent en place des solutions adaptées :
- Installation de prises dans le parking vélo. Pour les cyclistes, c’est la solution la plus simple car elle leur permet de recharger la batterie de leur VAE dès le vélo stationné et sans avoir à retirer la batterie. Pour l’entreprise, cela nécessite un petit investissement pour mettre l’électricité à disposition des cyclistes (câbles à tirer, installation de prises) ;
- Installation de casiers de recharge. Très coûteux pour l’entreprise (plusieurs centaines d’euros par emplacement de recharge) mais efficace vis-à-vis du risque de vol et d’incendie ;
- Mise en place d’une zone dédiée à la recharge des batteries dans le bâtiment. Cette solution peut être proposée lorsqu’il n’est pas possible ou souhaité d’installer des prises / casiers de recharge dans le parking vélo. Cela évite à l’entreprise de se retrouver avec des batteries de vélos en charge un peu partout dans le bâtiment. Elle peut, par exemple, réserver une ou plusieurs prises dans un local dédié, en spécifiant l’usage dédié de ces prises au moyen d’un affichage. Ce local devra bénéficier d'un système de détection d'incendie.
Coût de la recharge
Certaines entreprises soulèvent également la question de l’équité, entre les cyclistes avec VAE et les autres (cyclistes musculaires ou non-cyclistes). En effet, l’électricité mise à disposition du cycliste par l’entreprise n’est pas facturée au cycliste. Cependant, le montant est négligeable (entre 0,05 et 0,07€ par recharge selon Energuide, en fonction de la tension de la batterie et de sa capacité de recharge). Dans le cas extrême, un cycliste venant travailler 220 jours par an à vélo et rechargeant à chaque fois son vélo ne coûtera que 11 à 15,40€ sur l'année. La majorité des cyclistes ne rechargeant pas tous les jours, le coût réel sera beaucoup plus faible. Ce montant n'est pas non plus considéré comme un avantage toute nature (ATN) si la recharge est utilisée pour des déplacements domicile-travail ou des déplacements professionnels. Ce qui est le cas pour les cyclistes quotidiens.
En conclusion, si le cadre réglementaire wallon laisse actuellement aux entreprises une totale liberté concernant la recharge des VAE, l'inaction n'est pas la meilleure stratégie. Les employeurs ont tout intérêt à intégrer dès la conception de leurs parkings des solutions adaptées — qu'il s'agisse de prises sécurisées, de casiers dédiés ou de zones de charge contrôlées. Anticiper ces aménagements, c'est non seulement maîtriser les risques d'incendie, mais surtout encourager durablement la mobilité douce au sein de son entreprise.

